Contes de coeur de Papiguy

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LES TROIS FRERES CANFIELS 6 : POLO ET CONSTANTIN

LES HISTOIRES DES TROIS FRÈRES 6.  

POLO : DIALOGUES AVEC CONSTANTIN

 

Résumé de l’épisode précédent.

 

Polo raconte à ses frères sa rencontre avec Toundra et Bialow, les deux loups polonais et comment il découvre qu’il comprend le langage des animaux et peut leur parler. Trois dialogues avec son chien Constantin viennent meubler ses moments de désarroi. Ces moments de réflexion autour des interactions entre fonctionnement animal et fonctionnement humain vont changer à jamais son regard sur l’homme.

 

 

DIALOGUES AVEC CONSTANTIN

 

Un jour clair d’Octobre, je rentrais du collège, maussade. Je me suis assis par terre prêt à pleurer. Constantin est venu se frotter contre moi. D’un air doux, il me dit :

 

  • Ça ne va pas Polo ?
  • Des garçons du village m’ont encore embêté sur le chemin. Ils s’étaient cachés dans un fossé en embuscade, et quand je suis arrivé, ils ont jailli du fossé en me lançant des cailloux et en criant : « canard boiteux ! canard boiteux ! tu ne pourras pas nous rattraper heu … ». Ils sont repartis en courant. Moi, j’ai vainement essayé de les poursuivre. Mais je ne pouvais pas courir aussi vite, avec ma jambe. Je suis tombé, et me suis râpé le genou sur une pierre.
  • Ne t’en fais pas… La méchanceté des enfants est aussi passagère que les nuages sombres qui traversent le ciel, chassés par le vent du Nord. Cela leur passera. Souvent les humains, lorsqu’ils se déplacent en bandes, retrouvent leurs instincts animaux. Ils aboient les uns sur les autres comme des chiens de basse-cour. Ils bombent le torse comme des chimpanzés voulant dominer le monde. Ou ils glapissent et critiquent comme des chacals en quête de proie.

 

 

Moi j’avais surtout envie de me venger en leur cassant la figure. Et lui venait philosopher sur le genre humain ! Cela m’a surpris. Cela m’a calmé. Je n’avais jamais pensé à regarder les choses sous cet angle-là. Je me sentais mieux. Plus paisible.

 

 

 

Un soir de printemps, je retrouvais Constantin couché, pas bien, la truffe très chaude.

 

  • Qu’est-ce que tu as Constantin ?
  • Oh, je suis pas bien, je crois que j’ai mangé une herbe que je n’aurais pas dû toucher,
  • Ce n’est pas le parterre de concombre sauvage près de chez Maurice ?
  • Peut-être bien… mais là, ça ne va pas bien du tout, ça se tord dans mon ventre.

 

J’appelle sœur Thérèse qui s’occupe de nous quand nous avons des bobos.

Je lui explique que c’est très grave, que Constantin a mangé des herbes toxiques, et qu’il va mourir. Elle me tapote sur la joue en souriant, et me dit : « Ce n’est pas grave. »

Vous savez, ce style de mots qui ont le don de vous énerver....

Je cours voir sœur Marie Madeleine. Elle est en pleine prière. Je lui explique la situation tragique de mon chien..

 

  • Mais enfin, Polo, tu rentres juste de l’école. Comment tu peux savoir que Constantin a mangé des herbes dangereuses pour sa santé ?
  • Il me l’a dit ! ce sont les concombres sauvages de chez Maurice. S’il te plaît, appelles le vétérinaire ! S’il te plaît !

Je pleure. J’implore. Ne pouvant résister à mes supplications, elle finit par nous emmener, appeler de mauvais gré, au cabinet du vétérinaire.

 

  • Oh, c’est plus pour te faire plaisir, que parce que je suis inquiète pour ton chien ! me lances-t-elle en maugréant dans la 2cv qui nous emmène.

 

Le vétérinaire voit rapidement Constantin et constate l’empoisonnement. Après avoir pratiqué un bon lavage d’estomac, il ressort en nous disant :

 

  • C’était moins une ! il s’est empoisonné en mangeant du concombre sauvage. On ne fait pas assez attention à cette plante, mais elle est toxique.

 

Sur la route du retour :

  • Polo, comment t’as su pour Constantin ? Tu l’as vu ?
  • Non ma sœur, non… mais tu ne vas pas me croire si je te le dis.
  • Oh ! tu sais ! dans un pays comme celui-ci, on entend de tout, alors…
  • Ben voilà, je comprends le langage des animaux et ils me parlent.

 

 

Imperturbable, sœur Marie-Madeleine ne dit plus rien. Elle fît comme si cela était normal. Je ne savais plus sur quel pied danser : c’était normal ou elle pensait que j’avais un petit grain de folie ? Je n’osais pas lui poser la question.

 

Je finis, par lui raconter l’histoire avec les deux loups. Elle ne dit rien non plus.

 

Une fois rentrés, elle m’offrit un livre :  la vie de Saint Francois d’assise et un parchemin : le cantique des créatures.

 

Elle me raconta alors, à quel point, François était en amitié avec la nature, en amour avec les animaux, et comment les animaux venaient jusque dans la cour de son monastère lui expliquer leurs problèmes.

 

Je fus séduit par l’exemple de ce saint homme, et le cantique des créatures me fît comprendre à quel point la gratitude pour notre mère Nature devrait être centrale dans nos vies.

Et puis, si nous aimons les animaux, alors tout est possible. Non ?

 

C’est à ce moment-là que j’ai voulu devenir vétérinaire.

 

 

 

Un soir gris de Novembre, je courus retrouver Constantin pour lui raconter mes dernières histoires.

 

  • Tu sais quoi ? tu vois qui c’est Henri, le fils du maraîcher ?
  • Celui qui bombe le torse comme un chimpanzé lorsqu’il passe devant des filles ?
  • Oui c’est lui qui a un super vélo de course rouge. Il passe devant les filles, à la sortie du collège, en sifflant. Un jour il voulait tellement montrer qu’il était fort qu’il passa au ras des filles en lâchant une main et en claquant l’ongle de son pouce contre ses dents, en disant : « d’une seule main ! » Puis il repasse devant elles et lâche les deux mains en disant : « sans les mains ! ».Il n’eût pas le temps de finir de claquer son pouce contre ses dents : sa roue avant butta contre un caillou, le vélo se bloqua et lui fît un joli vol plané devant le parterre des filles en fou rire.
  • Pouff… alors ?

 

 

  • Et bien figures-toi que c’est le coq de la cour de récréation. Il est fort comme un turc. Il fait trop le beau. À chaque récréation, il se bat contre un garçon. Cette fois-ci, il m’a attaqué dans la cour, et m’a fait tomber. Mais si je ne tiens pas bien sur mes guibolles, je sais me battre au sol. Je lui résiste. Il n’a pas réussi à me tenir les épaules au sol. Alors il s’est relevé en bombant le torse et en repartant, glorieux. Je n’ai pas compris ! Pourquoi un garçon veut ainsi dominer son prochain, l’humilier ?

 

  • Ce sont des réflexes de survie des animaux qui vivent en troupeaux, en meutes. Il faut toujours qu’il y ait un mâle dominant qui prouve sa force aux autres, qui protège le territoire de sa tribu, et assure la descendance de la race.

 

  • Mais je te parle d’Henri, pas d’un animal ! Pourquoi imiter les animaux ?

 

  • À croire que les êtres humains ont hérité de l’animal en eux, et qu’ils ont du mal à dépasser leur animalité.

 

  • Tu veux dire que ces comportements animaux là sont en nous ?
  • Oui
  • Comment on fait pour développer plus de noblesse de cœur, plus de force de caractère, moins de brutalité ?

 

  • L’homme doit Maîtriser ses pulsions.
  • Comment on fait cela ?

 

  • Ah ça demandes-le à un autre être humain. Moi, je ne suis qu’un chien. Nous, les chiens, nous nous sommes rapprochés de vous, les êtres humains, pour apprendre votre humanité, votre intelligence, votre cœur, et votre amour des autres. Demande-le à sœur Marie-Madeleine.

 

Ainsi me voilà parti poser la question à sœur Marie-Madeleine. Elle était dans la cuisine, en train d’éplucher des pommes de terre.

 

  • Ma sœur, qu’est-ce que c’est la différence entre un être humain et un animal ?

 

  • Nous sommes tous des créatures du Seigneur, Polo, et donc, tous frères et sœurs.

 

  • D’accord, mais qu’est-ce qui fait la différence ? Comment on devient un homme ? Est-ce qu’on a les mêmes pulsions que les animaux ?

 

  • Devenir un homme, développer son humanité, c’est utiliser sa pensée et son cœur pour choisir de se comporter autrement que en se laissant aller à ses pulsions ou à ses désirs.

 

  • Mais c’est quoi les pulsions ?

 

  • C’est quand tu as des envies fortes, qui viennent de ton corps, ou de tes pensées, et que tu crois que tu ne peux pas y résister.

 

  • Mais comment on fait pour y résister ?

 

  • Ah, ça, c’est un secret que chacun doit trouver en ouvrant son cœur et en le connectant au cœur sacré de Jésus. L’homme réellement habité par l’esprit, peut dire non à ses envies, à ses pulsions. Il dit non, au nom de ses valeurs, de son idéal ; Il dit non, pour quelque chose de plus grand que lui. Il cultive le noble en lui. Si son cœur est rempli de l’amour de Dieu, il peut aimer chaque créature de Dieu. S’il voit la création de Dieu dans tous les êtres humains qu’il rencontre, dans les animaux, dans les plantes, dans les arbres, dans les étoiles, dans le soleil, dans la lune, alors, il aime ce qu’il voit. S’il ressent Dieu, voit Dieu en l’autre, alors, l’autre, les autres, ne sont plus des objets de ses désirs, de ses pulsions, de ses attentes, ou les jouets de ses satisfactions, comme disait St François d’Assise.

 

 

C’était la façon de sœur Marie madeleine de me rappeler que la gratitude était fondatrice du contentement, et que l’amour ne devait pas être exclusivement tourné vers les animaux, mais que les hommes en avaient besoin aussi. C’est pour cela qu’elle était rentrée dans les ordres.

 

  • Comment tu fais ?
  • Si tu as de la gratitude pour Mère Nature, tu auras de la gratitude et de l’amour pour son créateur, Dieu ou tout autre nom.

 

Et ses mots, mes frères, résonnent toujours dans ma tête et font vibrer mon cœur aujourd’hui :

 

  • En chacune de Ses créatures, Dieu est présent. Si tu arrives à aimer Dieu, tu aimeras toutes ses créatures. C’est ce qui fait notre point commun à tous et l’essence de la communion.

 

 

Quelques mois plus tard, le collège avait organisé un voyage d’étude à Assise et je me suis empressé de m’y inscrire.

 

Étrangement, à Assise, je me suis senti chez moi, et cela a conforté mon choix de métier.

 

Ainsi, depuis, j’ai pu commencer des études de vétérinaire à Toulouse, que je n’ai pas complètement terminé encore.

 

  • Voilà, j’ai été un peu long, excusez-moi.
  • Oh ! non ! Ouah ! quelles édifiantes histoires !
  • À toi, Jack.

 

 

Papiguy

 



23/11/2017
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